Archives mensuelles : mai 2020

confinement et post-confinement …

Le confinement aura été pour chacun un moment particulier…

Ce magnifique lever de soleil sur le donjon pris le 18 mars 2020 par Frédéric HERTZ depuis chez lui à Grendelbruch… comme pour nous rappeler que le soleil se lèvera toujours sur le Guirbaden, quoiqu’il advienne …

Pendant que nous n’y étions pas…. la végétation a poussé au château:

 

 

Certains en ont profité pour trier les photos et en partager quelques-unes, comme par exemple Nicolas Parpandet qui nous propose cette photo insolite prise de Grendelbruch: le château avec en toile de fond l’autoroute… Beau décalage …

 

Alors que nous sommes normalement confinés…. certains voient le confinement d’une autre manière et se prennent le loisirs de monter au château pour passer un bon moment, alors que nous,  « pauvres bougres », respectons les consignes à la lettre !!!

Et c’est ainsi que nous avons découvert le 14 avril une  espèce d’ « igloo » en pierre construit juste à côté de notre table de pique-nique.                                                        Sans compter les pierres qui ont été déplacées et qu’il faudra que les bénévoles rangent à nouveau… ce type de construction peut s’avérer très dangereux!

 

Après avoir attendu patiemment le droit de ressortir en forêt,  le 11 mai 2020 la cage est ouverte et les loups sont lâchés…. Le premier week-end a été une vraie folie au château … avec des gens partout … partout …

 

 

 

 

Certains ont même apporté un canapé gonflable pour plus de confort …

 

 

 

 

Et la foule n’a pas baissé depuis…   Mercredi 20, un jour de semaine, plus de 60 personnes et le week-end plus d’une centaine de personnes par jour … Si les gens vont au château, on peut « supposer »  ou « espérer » qu’ils aiment les châteaux et c’est bien pour cela qu’ils font des efforts pour y monter… Mais lorsque vous voyez qu’ils escaladent partout, on peut se demander où est le respect de la ruine ? Et lorsque vous trouvez des « papiers toilettes » partout, jusque devant les grilles de chantier où l’on circule… , on peut aussi se demander où est le respect …. La forêt n’est pas assez grande ???

 

 

La palme revient tout de même à 2 jeunes trouvés le 21 mai jeudi de l’Ascension, bien installés SUR L’UNIQUE FENÊTRE DU PALAS… Une bénévole leur a expliqué que cela était imprudent et fort dangereux pour eux et pour la ruine. Rien n’y fit… Elle les a ensuite menacé… Rien n’y fit. Et c’est en leur proposant avec humour d’aider les bénévoles dans leur travail d’entretien et de restauration qu’ils ont fini par descendre…. « bien trop peur de devoir mettre la main à la pâte » !!! 

 

 

Avec ce beau lever de lune de Martin Smith, nous espérons voir ce mauvais souvenir de covid s’éloigner au plus vite … et laisser la place à des jours meilleurs…

Le mois de juin s’annonce prometteur et nous espérons pouvoir rapidement retrouver notre rythme de croisière et bichonner à nouveau  » notre petit protégé »  !!!

 

 

 

Légendes autour du Guirbaden 2

Suite à l’article du mois précédent, voici les 2 dernières légendes extraites du livre  d’Armand KIEFFER  sur le Guirbaden (1968), qu’il avait retranscrites du manuscrit       de 1862 du curé KRAMER de Niederhaslach.

LE ROCHER DE CATHERINE

Quand on se dirige du Girbaden vers Grendelbruch par le chemin qui passe par le château, on rencontre à sa droite de grands rochers. Un de ces rochers s’appelle «Catharinenstein» et un petit amas de pierres qui en est proche s’appelle «Catharinenhütte» (Cabane de Catherine) et en voici l’origine :

Le Seigneur de Girbaden avait pris la croix, et était passé en Palestine, afin d’y combattre contre les infidèles pour la cause sainte. Il avait pris avec lui son fils unique, et n’avait laissé dans le château que sa fille unique, nommée Catherine, fille très aimée, pieuse et vertueuse, protégée pendant l’absence du père par quelques vieux serviteurs éprouvés et par une domesticité fidèle. La séparation fut douloureuse, car Catherine avait de tristes pressentiments qui se réalisèrent d’une manière déplorable. Le père périt dans un combat en se battant vaillamment, et le frère resta longtemps absent, ne voulant pas rentrer dans sa patrie avant la fin de la guerre et lorsqu’il rentra enfin chez lui, il fut assassiné par une main restée inconnue, au moment même, où il mettait le pied sur le sol de l’Alsace.

La mort du père et la trop grande absence du frère attirèrent à la pauvre Catherine les plus grandes adversités. Un chevalier des environs, soit haine contre la famille de Girbaden, soit envie contre leur fortune, soit désir d’occuper cet Important château, voyant que le chevalier de Girbaden et son fils ne revenaient pas, jugea que le moment était propice pour s’emparer du château. Il arriva donc un jour à l’improviste avec sa troupe et prit possession du Girbaden sans aucun combat, la pauvre Catherine n’ayant à lui opposer que ses larmes et ses prières. Mais ce n’était pas pour se laisser vaincre par les larmes d’une fille que le déloyal chevalier s’était emparé si injustement du château. Il commença par déclarer, que tout ce qui y était lui appartenait, puis, sans avoir pitié de la pauvre Catherine, il la chassa dehors avec toute sa domesticité. La pauvre orpheline, frappée de terreur, s’enfuit pour échapper à de plus mauvais traitements ; mais l’amour de la maison paternelle l’empêcha de s’éloigner beaucoup. Elle alla se cacher dans la forêt entre Girbaden et entre Grendelbruch, se construisit une maisonnette auprès d’un grand rocher et y fixa sa demeure, pour pouvoir jeter ses regards tous les jours sur le château de Girbaden ; elle vécut ainsi bien tristement, en attendant le retour de son père et de son frère. Pauvre enfant ! Elle ne savait pas que son père était tombé sous le fer des Sarrasins et que son frère avait été assassiné par ses ennemis à son retour en Alsace. Catherine les attendait toujours, croyant chaque matin les voir rentrer au Girbaden avec leurs valets de guerre, quand la mort, touchée de tant de larmes, vint frapper à la porte de cette pauvre cabane, pour mettre fin à tant d’espoir inutile. Catherine mourut pour aller voir dans le ciel, ceux qu’elle ne pouvait jamais plus voir dans ce monde.

 

LE TRESOR DU GIRBADEN

Un jour un touriste arriva dans ces ruines, et pendant qu’il les parcourait à l’aventure, il vit soudain à ses pieds un charmant bouquet de fleurs toutes fraîches. Or, il faut vous dire, que ce bouquet est le talisman qu’il faut posséder pour pouvoir entrer en possession du trésor caché au Girbaden. Sans savoir ce que ce bouquet signifie, l’étranger le ramasse et tout en l’examinant, il fait encore quelques pas quand, relevant soudain la tête, il se voit placé sous la porte d’entrée d’une vaste salle meublée à l’antique, avec des trophées d’armes du temps des anciens chevaliers. Au milieu de la salle, un homme occupé à écrire et absorbé dans des pensées profondes, était assis à une table. L’étranger stupéfait, ne savait que penser, et ne trouvait pas la force pour proférer une seule parole. Peu à peu il reprit courage et s’avançant lentement et à petits pas, il arriva enfin devant la table où se trouvait toujours le mystérieux écrivain : il put ainsi le contempler à son aise. C’était en effet un vieillard qui écrivait et qui portait un costume tout inconnu. Mais c’était un vieillard tellement vieux qu’il ne peut s’en faire une idée. Ses cheveux, sa figure, ses habits, ses mains, ses doigts, sa plume, son papier, la table, la chaise ; tout était couvert d’une mousse verte, fine et humide, ce qui faisait voir qu’il devait être assis là, depuis bien du temps déjà. Notre touriste n’était pas trop à son aise dans une telle société ; il sentait qu’il se trouvait en présence d’un être surhumain ; il aurait voulu revenir sur ces pas et sortir de ce lieu, mais il était comme cloué à la terre et ne pouvait remuer un pied. Tout à coup le vieillard cessa d’écrire, posas plume sur sa table et se redressa lentement sur son siège, il ouvrit ses yeux et porta son regard sur l’étranger qui se tenait devant sa table. Dans ce moment l’aspect du vieillard était effrayant : sa figure verte, ses yeux ternes, lisérés de rouge et enfoncés dans leur orbite, tout était repoussant. Il allait ouvrir sa bouche probablement pour demander à son visiteur ce qu’il voulait, quand celui-ci, pris de vertiges, laissa subitement tomber son bouquet, qu’il avait jusqu’ici tordu et tourné machinalement dans ses doigts, et aussitôt tout disparu… et le pauvre touriste se retrouva seul au milieu des ruines du Girbaden, qu’il abandonna aussitôt, pour ne jamais plus y remettre le pied.

Une autre fois, ce fut un jeune garçon qui s’aventura dans les ruines avec les chèvres qu’il avait à garder. Il trouva de même, le bouquet mystérieux, et sans savoir ce que ce bouquet signifiait, il l’attacha à sa casquette. A peine eut-il encore fait quelques pas, qu’il se vit à l’entrée d’une vaste salle dont la porte à deux battants était ouverte. N’y voyant personne, il se hasarda à y entrer peu à peu. Tout à l’entour de la salle, il y avait de grandes armoires ouvertes et pleines d’habillements de toutes sortes ; et au milieu de la salle étaient des tables chargées d’or et d’argent. Le bon petit garçon était encore trop innocent pour savoir faire usage des richesses que la fortune mettait entre ses mains, et ne jugeant que d’après les besoins de son âge, il s’arrêta devant une armoire toute pleine d’habits d’enfants. Il s’y choisit un habit tout neuf et tout ajusté à son corps, et l’échangea contre ses guenilles qu’il suspendit à sa place. Puis, après un peu de réflexion, il poussa la cupidité et l’ambition si loin, il prit encore un habit de dimanche et sans toucher à tout le reste, ivre de joie, d’être si bien fourni, il se sauva à toutes jambes, comme un petit voleur, sans plus regarder derrière soi, sans penser même à ses chèvres, et ne cessa de courir que lorsqu’il fut parvenu au pied de la montagne, dans la maison de ses parents. Je laisse à penser quel fut leur étonnement en voyant leur enfant habillé tout de neuf et pourvu encore d’un habit de rechange. Mais lorsqu’il leur eut raconté tout ce qu’il avait vu, son père le gronda de ne pas avoir pris de l’or et de l’argent autant qu’il en aurait pu porter. Oh ! s’il n’y a que cela, reprit l’enfant, venez avec moi, je sais bien où tout cela se trouve, nous en prendrons tout ce que nous voudrons ! Sur cela, le père et la mère et les autres enfants, munis de sacs et de corbeilles, suivirent le petit garçon, qui retrouva à la vérité dans les ruines du Guirbaden, les chèvres qu’il y avait laissées, mais de tout ce qu il avait vu, il ne retrouva plus rien ! Le bon petit, en courant avec tant de précipitation, avait perdu son talisman, le bouquet n’était plus à sa casquette, l’heure de posséder le trésor était passée pour lui !

Voici la troisième histoire, la plus étonnante à coup sûr. Un jeune tisserand, du nom de François, nouveau marié et par conséquent, passablement gêné dans les finances, habitant à ce qu’on m’a dit un de ces villages qui sont au pied de la montagne du Girbaden se leva un jour de grand-matin, bien longtemps avant le soleil pour chercher dans la forêt, une charge de bois-mort, avant que de se mettre à l’ouvrage. Il monta jusqu’aux environs du Girbaden et ne fut pas peu surpris, d’entendre déjà des voix de personne qui se parlaient avec animation. On est bien habitué à voir des étrangers à toutes les heures de la journée, allant visiter ces ruines ; mais à un tel moment, longtemps avant le lever du soleil, c’est quelque chose d’inusité. François s’arrête, prête une oreille attentive pour distinguer le sens des paroles, mais ne pouvant rien comprendre, il s’approche toujours d’avantage de l’endroit d’où partent ces voix. Arrivé sur le bord d l’un des fossés de la forteresse, il voit dans ce fossé une société d’hommes très bien mis, mais portant un costume tout étranger au pays, et occupés à jouer aux quilles. Sans être aperçu, notre jeune homme, caché derrière un petit buisson, remarque bientôt, que ces joueurs avaient principalement des contestations entre eux, à cause des quilles à redresser et des boules à ramener, personne d’eux voulait s’entendre à cette besogne, tous voulaient jouer. Pensant donc qu’il pourrait faire une bonne journée, en se chargeant de ce soin, François descendit vite dans le fossé et offrit ses services qui furent acceptés avec plaisir, à ce qu’il put en juger par les gestes des joueurs, car pour le langage qu’ils parlaient, il n’en comprit rien. A peine s’était-il installé près du ‘jeu de quilles que ces Messieurs se mirent à jouer avec une ardeur et une passion indicible. Les heures s’écoulèrent, le soleil se leva, marqua midi se coucha et le jeu augmenta toujours de vivacité, personne ne parlait ni ne manger, ni de boire, ni de reposer. François n’en pouvait plus, les boules se succédaient avec une telle rapidité, qu’il ne pouvait plus redresser assez vite les quilles renversées ; à chaque coup, les mystérieux joueurs parlaient et se disputaient avec plus de feu, et la nuit s’avançait à grand pas sans qu’on parlât de cesser, on jouait aussi facilement au clair de lune, comme on avait joué en plein midi. Enfin François, ruisselant de sueur, tremblant de faiblesse après une journée entière, passée sans boire et sans manger, dans un travail soutenu, résolut de mettre fin lui-même à une telle fureur du jeu. Pensant au chemin qu’il avait encore à faire pour rentrer chez lui, et sentant un certain malaise de la réunion de tout ce qu’il y avait de sinistre autour de lui, il s’adresse soudain à ces joueurs éternels et leur dit : Messieurs, payez-moi pour mes peines, je ne puis rester plus longtemps !

A peine eut-il dit cela que tous les joueurs lui jetèrent des regards farouches, se mirent à vociférer contre lui de toute la force de leurs poumons et vinrent courir vers lui en le menaçant des poings et des boules qu’ils tenaient en mains. A cette vue, François se sauva de toute la vitesse de ses jambes, et alla courir au bas de la montagne, s’estimant heureux de pouvoir se tirer encore d’un cercle qu’ils commençaient à former autour de lui. Mais les joueurs de leur côté, s’étant emparés des quilles et des boules, se mirent à courir après lui, et voyant qu’ils ne pouvaient plus l’atteindre, ils s’arrêtèrent et lancèrent après lui tout ce qu’ils avaient en main, quilles et boules qui allèrent rouler vers lui, et tombèrent autour de lui comme une mitraille, sans cependant l’atteindre. Il n’y eut qu’une seule quille qui vint tomber entre ses jambes et de dépit d’avoir été si mal payé pour les peines qu’il s’était donné, pendant toute la journée, il la ramassa et se sauva avec elle en criant à ses persécuteurs : puisque vous ne voulez pas me payer, je vous empêcherai au moins de jouer plus longtemps !

Rentré chez lui, il raconta sa mauvaise aventure à sa femme, déposa sa quille sur la table et alla se coucher. Mais quel ne fut pas son étonnement quand le lendemain matin, ayant voulu ôter sa quille de sa table pour la lancer dans un coin, il ne put la soulever ! Elle était changée en une quille d’or massif !… Grand Dieu, dit-il à sa femme, avec qui ai-je donc joué hier ? Que n’ai-je donc aussi emporté les autres quilles et les boules ! Mais viens plutôt, je connais parfaitement la place où elles sont tombées, autour de moi ; allons les chercher. Ce fut en vain, ils ne trouvèrent plus rien du tout. Il alla même dans le fossé où le jeu avait eu lieu la veille, mais son étonnement ne fit que redoubler, car pas un brin d’herbe, n’y était dérangé, on ne voyait plus rien ni du chemin que les boules avaient profondément labouré, ni de la place où les quilles avaient été dressées, et qui la veille avait été remuée et bouleversée comme les glacis d’une ville assiégée et bombardée ; tout était couvert d’un gazon frais et riant.

Rentré chez lui, François échangea sa quille d’or contre de l’argent comptant, agrandit sa petite maison, acheta des champs et des prairies et devint un bourgeois fortuné, qui raconta souvent depuis son aventure.